Journée - JOUR 14

JOUR 14 2019-02-08 - ALBANIE:Ancôna-Durrés ( En bateau environ 570 km) Puis Dur

La nuit n’a pas été désagréable, allongé sur une banquette, couvert d’un plaid acheté à Cesena, rappelant les formes géométriques du chèche de Kadhafi.

Je me suis isolé au fond du salon, juste devant l’écran télé qui semble hors d’usage, ainsi personne ne prend place prêt de moi. Je fais quelques allers-retours sur le pont pour prendre l’air et tuer le temps. Midi arrive vite. Après le repas, une dizaine d’albanais, tous aussi costauds que Sébastien Chabal, plus indiscrets les uns que les autres viennent s’installer à proximité, disposant un écran d’ordinateur devant celui du téléviseur hors service et programmant la diffusion d’un film italien retraçant les agissements de la mafia, bien sûr sous-titré en albanais. Je les imagine bon qu’à parier, boire, fumer, se castagnier ou peloter les filles. Je me refugie dans mon livre « L’ile sous la mer » pour échapper à leurs attentions. On ne peut pas dire qu’ils soient de bonne compagnie, poussant des interjections de ténor, et s’agressant verbalement. La nature a partagé les tares, je dois en avoir certaines, mais eux n’en manquent pas.

Vers 16h00, le wifi fonctionne à nouveau, nous approchons des côtes d’Albanie.

Je retrouve Alessio dans le salon et ensemble nous descendons l’escalier menant au garage. Quelques camions ont déjà quitté le bateau. Je m’installe à mon guidon, et me faufile entre les bahuts, descend la lourde rampe métallique, saute la marche trop haute pour mes roues de 8 pouces et me retrouve propulsé sur le quai.
Suivant les flèches de sortie, j’arrive à premier contrôle de police où l’on vérifie mes papiers, puis un centaine de mètres plus loin, les douaniers me prient de pénétrer dans leur « laboratoire ». Je sens qu’ils vont passer mon engin au peigne fin. Même pas, juste intrigués par ma destination. Je ne comprends qu’un seul mot dans leur dialogue « Japan ». Ils me demandent tout de même d’ouvrir mon hayon arrière, y jettent un œil désintéressé, vérifie ma carte grise pourtant erronée et ma carte d’identité puis me prie d’effectuer une marche arrière pour me présenter devant la barrière de sortie.

Je quitte le port, et comprend de suite que rouler en Albanie ne sera pas facile, que ce voyage prend une autre dimension. Je me sentais comme chez moi en Italie dont je maîtrise la langue et où les habitudes de vie sont proches des miennes, où la culture est très proche de la nôtre. Nos pays sont rassemblés depuis des générations comme des sœurs jumelles, à part le football, il n'y a aucun différents Franco-Italien.
Ici, pourtant qu’à seulement une centaine de kilomètres de la « botte », il me semble être dans un autre monde. Comprendre la langue est possible pour moi, l'usage du téléphone portable vers la France est hors de prix, les connections internet sont de modeste qualité, le réseau routier a 50 ans de retard et adieux la parité homme-femme.
Mais il parait que l'on attribue des adjectifs élogieux à ce peuple, tout juste remis d’une dictature communiste subie pendant plus de quarante années, jusqu’en 1985.


J’emprunte une belle avenue parallèle à la mer avant de tourner à gauche et filer vers le nord à travers une banlieue sale où il n’y a quasiment pas d’éclairage public, la chaussée est très dégradée, les nids de poule sont fréquents et la signalisation horizontale n’est faite que de spectres de peinture.
Je traverse quelques bourgades avant le longer l’autoroute et de bifurquer sur une double voie en direction de l’aéroport. Je vérifie ma consommation d’essence- plus de 140 km depuis le dernier plein- faudra penser à ravitailler. L’hôtel « Vila aéroport » est assez grand et désertique. Personne n’est à l’accueil et je descends dans les sous-sols guidé par des coups de marteau pour y trouver le patron. C’est son neveu qui s’occupe de mon « check in ».

Je m’installe dans la chambre 205 puis m’en vais dîner au restaurant de l’hôtel.
Le serveur âgé d’une cinquantaine d’années me reçoit convenablement, me présentant le menu qu’il a du mal lire. Il tient à bout de bras le document et fronce les sourcils pour se concentrer sur sa vision. Inévitablement il a besoin de lunette.
Le prix du repas est moitié moins cher qu’en France mais certainement inabordable pour la population locale qui gagne en moyenne 340 euros par mois, ainsi mon repas m’a couté 7.30 euros soit environ 13 % d’un salaire horaire moyen en France contre 85% d’un salaire horaire moyen en Albanie.
En regagnant ma chambre, je demande à l’accueil de me commander un taxi pour le lendemain 6h15. Je dois être à l’aéroport avant 7h00, mon vol pour Londres est prévu à 8h05. Je ne pouvais pas refuser l’invitation de Robin pour assister au crunch Angleterre-France. J’ai besoin aussi de faire le point sur mon état de santé, les acouphènes sont de plus en plus présents.